Littérature française

« Les gens heureux lisent et boivent du café », Agnès Martin-Lugand, Lagon, 2013


Les_gens_heureux_lisent_et_boivent_du_caf_

J’ai dévoré ce premier roman d’Agnès Martin-Lugand comme une romance, et c’est bien cela le problème. La lecture est plaisante, alerte, mais il manque, à mon sens , une dimension à ce récit pour que ce roman s’impose véritablement. L’auteure ne parvient pas à trouver un juste équilibre, ou plutôt une juste harmonie entre l’écriture du deuil et celle de la reconstruction affective.
L’incipit ne ménage pas le lecteur qui se voit précipité en quelques lignes d’un bonheur rieur au deuil le plus horrible. Certains jours heureux virent au cauchemar. Diane perd sa famille et ses repères, brutalement.. une histoire de mauvaise rencontre avec un camion.
Même si son coeur bat encore, sa vie s’est arrêtée depuis lors. Il ne reste que le plus. Le plus jamais, le plus du vide, le plus du refus. Morte-vivante, elle ne veut plus rien malgré le soutien indéfectible de son ami Félix qui doit s’occuper seul de leur café littéraire, « Les Gens heureux lisent et boivent du café ». Se laver, s’habiller constituent autant d‘efforts insurmontables. Si pour Félix, le bien nommé, la vie se résume « à une fête géante, pimentée d’une sexualité débridée et d’une consommation de substances qu’il teste en avant première », celle de Diane tente de s’épuiser dans l’inaction, le tabac et l’alcool. Pourtant les pressions incessantes de son entourage sont multiples. On l’exhorte à revivre, à poursuivre son chemin, à oublier. Autant de conseils qui semblent biens dérisoires, sinon malavisés.
Elle décide alors de s’exiler, au hasard ou presque, quelque part en Irlande. C’est dans le village de Mulranny qu’elle échoue, histoire de se reconstruire, entourée souvent malgré elle d’Abby, Jack, Judith et Edward, tous membres d’une famille qui n’a pas été épargnée non plus par l’existence.
J’ai aimé l’approche psychologique des personnages et l’écriture du deuil, même si le style, et surtout certaines images, m’ont paru convenus. Certains clichés nuisent un peu au plaisir de la lecture. L’humour, une pointe d’auto-dérision chez la narratrice, et des dialogues assez vifs pimentent cependant la narration. Ce qui m’a gênée davantage, c’est l’approche de sa relation avec son voisin mal-aimable, qui, malgré son dénouement, offre tous les ingrédients de la collection H****. Agnès Martin-Lugand nous embarque, sans parvenir à nous convaincre vraiment.
Ce roman, qui laisse présager des qualités certaines, est inabouti faute d’avoir su tenir complétement sa veine initiale.

2 réflexions au sujet de “« Les gens heureux lisent et boivent du café », Agnès Martin-Lugand, Lagon, 2013”

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