Cinéma étranger

« La seconde femme », Umut Dag, 2012


« La seconde femme », Umut Dag, Juin 2012 Une_Seconde_Femme_affiche

Un énorme coup de cœur !!!

Avec « Une seconde femme », Umut Dag, jeune cinéaste autrichien d’origine turque et disciple de Michel Hanaeke, signe son premier long métrage. Et quelle signature !!!Scénario original, intelligence de l’image, sensibilité et esthétisme se fondent dans un huis clos surprenant et émouvant.
La narration s’ouvre avec beaucoup de symbolisme sur le malaise et les pleurs de Fatma, encore hors champ. On la découvre progressivement par un effet de miroir qui n’est pas sans rappeler le genre des vanités. Tandis que les hommes dansent et que les enfants jouent à l’extérieur, le cercle des femmes s’élargit autour d’une jeune femme, Ayse, incarnée par une remarquable Begum Akkaya, dont on va célébrer les noces avec le bel Hasan. On perçoit d’emblée chez les plus jeunes une pointe d’ironie furieuse au sujet de ce fabuleux mariage qui constitue un arrangement bien surprenant.
Fatma, interprétée avec beaucoup de brio et de nuance par Nihal Koldas, atteinte d’un cancer, a convaincu sa famille qu’elle devait trouver une seconde épouse pour Mustafa, son époux et une mère de substitution. Elle a donc orchestré ces fausses épousailles entre Ayse et son fils Hasan, dont il s’agit aussi de cacher l’homosexualité.
La cérémonie à peine achevée, la famille au grand complet, regagne Vienne où elle est installée depuis plusieurs décennies. Ce déplacement symbolise à la perfection le passage initiatique de la ruralité turque à l’urbanité en terre étrangère qui se superpose à la perte de la virginité. Il s’agit pour Ayse, d’un double départ, d’un double arrachement que Fatma s’efforce d’atténuer. C’est elle qui la rassure avant la nuit de noces tandis que sa propre mère lui conseille de fermer les yeux si ce n’est pas l’homme de ses rêves.
Ayse doit ensuite mener de front un double apprentissage, une double intégration. Si elle s’adapte aisément à l’allemand et à l’Autriche, il lui est plus difficile de se faire une place auprès des nombreux enfants de Fatma et Mustafa. Le lien très fort qui unit rapidement Fatma et son double, suscite en effet leur jalousie.
Le casting est parfait. Les acteurs sont justes et servent à merveille le propos du film. Le scénario, qui ne recule pas devant les rebondissements et une légère pointe de mélo, mêle les registres et les nuances sans jamais sombrer dans le dogmatisme ni le manichéisme. L’intensité dramatique ne faiblit jamais. L’approche de cette passation entre les deux épouses, qui nouent un très beau lien complice, intelligente et riche, est superbement soutenue par la photographie de Carsten Thiele.
Umut Dag aborde certes la question de l’aliénation, comme le suggère le choix du huis clos, mais il nous conte aussi de belles histoires de femmes, partagées entre modernité et tradition à l’image du foulard qu’Helmez porte toujours de travers, mais aussi entre deux cultures. Il s’intéresse aussi au poids des apparences et à l’hypocrisie, fatum des temps modernes susceptible de conduire à la tragédie.

Ayse

4 réflexions au sujet de “« La seconde femme », Umut Dag, 2012”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s