Les classiques

« Les exploits d’un jeune don juan » Guillaume Apollinaire, 1911


« Les exploits d’un jeune don juan » de Guillaume Apollinaire, 1911 ApollinaireDJ

Voici un billet sur une lecture « classique » qui cache bien son jeu. Je le publie un mardi, puisque c’est permis!!!!

Que ceux qui s’imaginent déjà puisant dans cette œuvre de quoi alimenter une séquence pédagogique sur les réécritures de Don Juan se réfrènent. Ce roman érotique, qui constitue une curiosité, n’est pas à mettre entre toutes les mains, surtout par les temps qui courent. Nous sommes loin de la Lorelei !
Le narrateur, Roger, est au seuil de l’adolescence lorsqu’il accompagne sa mère, sa tante et sa sœur Berthe, dans leur maison de vacances à la campagne. C’est « une vieille demeure de fermiers riches » que l’on nomme le Château, un univers d’escaliers en spirale, de couloirs obscurs et de corridors tortueux. Coins et recoins se multiplient. Roger y découvre accidentellement ce qui se cache sous les jupes des filles, ce qui constitue pour lui, bien évidemment une révélation majeure. Il raconte alors ses premiers « émois amoureux » avec les femmes de son entourage, dans la salle de bain familiale. Berthe n’est pas en reste, aidée en ses découvertes par la complaisance de Kate, la domestique de la maison.
Roger pousse donc ses investigations plus loin, en observant les fermiers, en se plongeant dans la lecture attentive d’un atlas anatomique caché dans la bibliothèque ou en découvrant les plaisirs de l’onanisme.
« Mes sensations se raffinaient de jour en jour » « Je remarquais, dans la suite, que l’onanisme ressemblait à la boisson, car plus on boit plus on a soif. »
Mais n’était-ce pas dommage de gaspiller ainsi un liquide spermatique si précieux ? Une telle interrogation nécessite la poursuite de l’étude. Non sans humour, le narrateur rapporte comment il viole le secret de la confession ou comment il précipite la régisseuse sur son lit, puisque, tout le monde le sait, la connaissance livresque doit toujours être complétée par la découverte de quelques cas pratiques.
« J’avais décidé que toute personne féminine de mon entourage devait faire partie de mon harem… »
Rien ne l’arrête, surtout pas les convenances langagières. Le langage est cru et Apollinaire appelle un chat un chat….on peut même enrichir son lexique si l’on n’est pas trop prude ! Quant aux tabous, aucun ne lui résiste, il fait même le tour de la question. N’oublions pas qu’il est en villégiature à la campagne.
Il n’est donc guère étonnant que ce roman d’initiation amoureuse et sexuelle fût publié sous couverture muette en son temps. Le texte, souvent cru, est si politiquement incorrect et si amoral que le réalisateur Gianfranco Mingozzi dut esquiver certains passages dans son adaptation de 1987 « L’Iniziazione ».

3 réflexions au sujet de “« Les exploits d’un jeune don juan » Guillaume Apollinaire, 1911”

  1. La couverture mettait la puce à l’oreille, et les Poèmes à Lou sont d’un érotisme qui frise souvent la pornographie. J’aime bien ces écrivains au double visage. Je pense aux Libertins, notamment Diderot, dont je viens de lire Les Bijoux indiscrets (quel titre!) et le grand Crébillon. En tout cas, merci pour ce billet!

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      1. J’ai beaucoup aimé le Sopha, conte moral, puis Les Egarements. Dans la foulée j’avais lu son roman épistolaire (au programme de l’agreg) Lettres de la marquise de M*** au comte de R***, mon préféré. Crébillon est surtout un moraliste. (Ces oeuvres sont en ligne et …gratuites.)

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