discussion « Les femmes du bus 678 » de Mohamed Diab, 2012


« Les femmes du bus 678 » de Mohamed Diab, 2012 Lesfemmesdubus

Inspiré de faits réels, le film s’intéresse à la condition des femmes égyptiennes, et plus particulièrement au harcèlement sexuel dont elles sont victimes. La narration se situe au Caire et s’ouvre sur un générique à l’esthétisme rare. Les paroles d’une chanson misogyne donnent le ton : « Les femmes c’est l’enfer/ Méfie toi des femmes ».
Le récit s’organise autour du destin croisé de 3 femmes, Fayza, Seba et Nelly appartenant à des univers très contrastés. Le montage alterné souligne la façon dont ces 3 individualités, qui ne se connaissent pas, se rapprochent progressivement. Diab peut ainsi donner de l’épaisseur au scénario, varier et confronter les points de vue, mais aussi conjuguer la condition féminine à la condition sociale.
Fayza, mère de deux enfants est toujours fatiguée, au grand dam de son mari Adel. Fonctionnaire au service notarial, elle peine à joindre les deux bouts et se rend au travail en bus, ce qui n’est pas une sinécure. Fayza, doublement harcelée par les hommes dans la rue et dans les transports, mais aussi par son mari auquel elle se refuse, incarne une Egypte encore très traditionnaliste. Seba, qui tient un magasin de décoration, appartient à un milieu nettement plus cossu et bourgeois, également plus ouvert à la modernité. Mariée à un jeune et beau médecin, elle avait tout pour mener une existence plus paisible, jusqu’à ce qu’elle soit agressée au nez et à la barbe de son époux. On la presse cependant de ne pas porter plainte et c’est précisément ce qui la rapproche de Nelly, jeune femme de 22 ans. Cette dernière, employée dans un centre d’appel le jour et pro du stand up la nuit aux côtés de son fiancé Omar, sera en effet la première Egyptienne à porter plainte pour agression sexuelle. Née dans un milieu universitaire, elle incarne une jeunesse plus moderne et plus éclairée.
A la manière d’un Lelouch, Diab tisse très adroitement leurs destins , mais aussi celui des hommes qui les entourent, en proposant notamment des variations de scènes, des répétitions d’images assorties de jeux sur les ombres. Le montage de Amr Salah el-Din particulièrement savant et efficace, apporte beaucoup de relief et d’intelligence au scénario. Le point focal du film réside dans le cours d’autodéfense donné par Seba le vendredi soir et quelquefois retransmis à la télévision. Se sentant plus fortes, les femmes s’allient et se rebellent avec les moyens du bord au point que les hommes désertent les bus et qu’une enquête est confiée à l’inspecteur Essam, un policier malin et humain, brillamment interprété par Maged El Kedwany.
Le casting est parfait. Nelly Karim (Seba) a beaucoup de charisme, Nahed El-Sebai (Nelly), pleine de peps, est très convaincante. Quant à Boushra (Fayza), elle est absolument magnifique et nous offre un jeu empreint de nuances. Les hommes ne sont pas en reste même s’ils ont plutôt le mauvais rôle. La musique d’Harry Adel renchérit parfaitement la photo d’Ahmed Gobr qui nous propose une vision éclatée du Caire, capitale tiraillée entre modernité et tradition.

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