Cinéma étranger

« Rock the casbah » de Laila Marrakchi, 2013


« Rock the casbah » de Laila Marrakchi, septembre 2013 rockethecasbah

Un film féminin, drôle et caustique, qui repose sur un scénario et des dialogues bien écrits !

Le film nous transporte au cœur d’une famille bourgeoise de Tanger réunie au grand complet pour célébrer le gnaza de Moulay Hassan, un riche homme d’affaires qui vient de succomber à une crise cardiaque.
Le récit épouse le rythme de ces trois journées de rites funéraires et s’organise en 3 grands temps forts : le jour des vivants, la mise en terre et la séparation. Mais, alors que Mohammed VI s’efforce de temporiser avec le printemps arabe, la superbe demeure d’Hassan va connaître sa petite révolution. Lalla Aicha, incarnée par une magistrale Hiam Abbas (que j’ai déjà beaucoup appréciée dans « La fiancée syrienne ») tente d’assurer malgré tout la cohésion familiale…Un enterrement rassemble et désunit toujours un peu…On pleure de concert, on échange des souvenirs, on règle des comptes. C’est souvent le temps où les non-dits et les secrets de famille affleurent…La famille Hassan n’y échappe pas. Il est temps de comprendre les motivations du suicide de Laila, l’une des quatre sœurs. Le défunt lui-même, qui s’exprime régulièrement sur le mode de l’apparition et de la voix off d’Omar Sharif, pressent à l’orée du récit que « les morts règlent la vie des vivants ». Il déplore en outre d’être mort avant d’avoir réglé ses comptes avec la vie.
L’oncle aimerait faire régner l’ordre…mais ce clan de femmes risque fort de l’en empêcher. Sofia, une actrice qui commence à se faire un nom aux USA, est rentrée au Maroc pour l’occasion. C’est un peu l’électron libre qui va bouleverser l’existence des autres… Celle de Miriam d’abord, qui à l’instar de nombreuses femmes, aspire à « se sentir vivante », à vibrer, et qui croit qu’elle va trouver le salut dans la chirurgie esthétique. Celle de Kenza, enseignante, qui compte davantage sur son cheminement spirituel.
Le film confronte plusieurs générations de femmes. Aicha, la mère, incarne l’ordre, la raison, mais aussi l’acceptation et la résignation, tandis que sa propre mère, Nana pour les intimes, dévore des hamburgers et impose ses vues presqu’avant-gardistes avec un sens de la répartie assez désopilant. S’ajoute à cette galerie de portraits, Yacout, au service de la famille depuis 30 ans, et mère de Zakaria, le bel Adel Bencherif.
C’est dans une atmosphère et un intérieur chatoyants et confortables que chacun règle ses comptes et s’occupe de la vie des autres. Les réparties s’enchainent…et passent du rire aux larmes. Miriam reproche à Sofia de ne jouer que des rôles de terroristes ; Kenza explique, non sans sarcasme, que les « implants mammaires » de Miriam sont « sa révolution à elle ». Aicha demande depuis quand le mariage est une histoire d’amour. On glose sur l’inculture de Miriam qui ne peut pas lire en raison d’une allergie au papier…Kenza s’inquiète de savoir si elle a l’air coincée…c’est qu’elle a « un peu l’air d’une prof quand même ! ».
Mais toutes ces petites querelles, qui ont leur importance et qui posent les bonnes questions, sont comme autant de voies qui mènent aux secrets, aux non-dits. Le puzzle familial se reconstitue au fil des discussions et chacun comprendra que le véritable héritage d’Hassan est ailleurs, qu’il dépasse amplement les nombreuses possessions matérielles si convoitées par cet oncle aux mains baladeuses.
Le casting est une réussite. J’ai tout particulièrement apprécié les prestations de Lubna Azabel (Kenza), de Morjana Alaoui (Sofia) et de Raouia (Yacout). Assia Bentoia, qui interprète Nana, alias Zaza, m’a également charmée. Je me suis laissé porter par le rythme, pas si rock que cela, du scénario. Convaincant et bien ficelé, ce scénario est aussi admirablement soutenu par la musique de Rob et Laurent Garnier. Le montage de Jennifer Augé, et certains de ses fondus, renchérissent ce rythme avec subtilité. Quant à la photo, elle nous fait voyager dans ce microcosme avec brio mais occulte peut-être un peu trop le Maroc.

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