discussion La saga du sari (épisode 3): aujourd’hui


La saga du sari: épisode 3/ Aujourd’hui Emploisari

Les saris modernes ont subit l’influence de l’industrie cinématographique, tant en ce qui concerne son port que son graphisme. A l’origine le sari est un lé de tissu de 4 à 8 mètres de long par 1,2 m de large, qui permet de draper la totalité du corps. On plisse une partie du tissu autour de la taille avant d’enrouler le bas du corps, tandis que le reste du lé, porté en travers, permet de recouvrir la partie haute. Dans certains cas, il peut aussi servir à se voiler la tête. Le morceau de l’étoffe retombant librement sur l’épaule se nomme le PALLU. Généralement le motif représenté sur le pallu n’apparaît nulle part ailleurs. C’est la partie la plus travaillée du vêtement et elle constitue l’apothéose du sari. Son motif est repris dans une version simplifiée sur la bordure du sari. Il existe une raison pratique à la richesse de ce motif. Le travail de broderie par exemple alourdit le poids du tissu et assure sa bonne tenue sur l’épaule.
Tissés le plus souvent à la main, sur plus de 3 millions de métiers, les saris offrent du travail à plus de 6 millions de personnes. Ils représentent le quart de la production textile indienne, qui est resté longtemps le second secteur de l’économie indienne. Ils sont essentiellement tissés à Bénarès et Karchipuram.
Pour la petite histoire, au moment de la transaction, le vendeur peut se livrer au « knee test »: il bloque le tissu sous son genou et tire dessus pour attester de sa solidité. Il peut aussi opter pour le « flame test »: il brûle quelques fibres prélevées sur le sari. Si l’odeur rappelle celle des cheveux brûlés, elle atteste de la qualité de la soie animale.
Il faut garder à l’esprit que le sari est intime et qu’il reflète l’identité de sa propriétaire. Il est multi-usages, servant de hamac pour bercer les bébés, de « paravent » pour protéger des regards la mère allaitant… Il est « indissociable de l’univers culturel et presque mental des Indiens » qui ont forcément grandi dans le sari de leur mère. Une indienne possède généralement sa collection de saris reflétant ce qu’elle fut et ce qu’elle veut être. Chacun a son histoire. Selon Emmanuel Richon, cette collection opère comme un « miroir mémorial » de la femme. Le choix du sari varie en fonction de l’âge et des événements. En vieillissant on se tourne davantage vers des couleurs plus claires ou pastel. Une veuve évitera le rouge, symbole de fécondité, et préférera le blanc. Une marchande optera pour le vert, couleur de la caste des Vaishya (les marchands). Toutefois le vert est aussi un signe d’appartenance à la communauté musulmane. Les plus fortunés évitent le bleu, couleur de la caste des agriculteurs et artisans. Les jaunes évoquent l’ascétisme et la religiosité.
Auparavant, il se portait seul. Désormais, il est souvent complété par une blouse et un jupon.
Le véritable intérêt du port du sari réside dans sa dimension dynamique puisqu’il peut suivre tous les mouvements du corps. C’est toutefois tout un art de parvenir à se mouvoir en toute liberté ainsi vêtue.
Emmanuel Richon parle d’un dialogue constant entre la femme et son sari. Le pallu est porteur de significations et le sari répond à des codes et à des références culturelles. On en joue pour dissimuler, notamment ses sentiments, mais aussi pour accentuer une expression par exemple. Il est également doté d’une dimension sensuelle, voire érotique. Le sari offert par une tierce personne a la capacité d’envelopper la femme de l’amour de l’autre. Ajoutons que dans la bourgeoisie indienne, la règle veut qu’une femme ne soit jamais vue deux fois avec la même combinaison de blouse et de sari. Dans ce contexte le sari de mariage se voit doté d’une importance particulière. Il faut dire qu’un mariage indien est une affaire incroyable ! Outre les festivités et le faste, le grand nombre d’invités, la cérémonie est marquée par l’échange de nombreux cadeaux, dont des saris ; Ils sont choisis en accord avec le statut des familles. Celui de la mariée le jour J sera en soie pure.
Théoriquement, la jeune femme ne porte le sari qu’une fois qu’elle est jugée prête à se marier. Les adolescentes portent de Shalwar Kanuz, vêtement composé de 3 pièces : pantalon + kurta + écharpe. Le premier sari relève donc du cérémonial de passage de l’enfance à la puberté. Que les garçons se rassurent, ils ne sont pas en reste !!!! Choisir et payer un premier sari opère également comme un rite dans leur passage à l’âge adulte. Notons au passage que le sari constitue le cadeau idéal puisqu’il n’y a aucun problème de taille.

9 commentaires

  1. J’en ai porté un vert et un autre rouge dans les rues de Paris: succès assuré 😀 Je crois que je les ai jetés lors de mon déménagement.
    Merci Sabine pour cet article qui me donne envie d’en racheter un.

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  2. Oh, c’est génial de partager ça avec nous! Je pensais que ton billet se clôturerait sur une photo de toi avec ton premier sari 😉
    Bisous!

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