« Une gourmandise » de Muriel Barbery


Une Gourmandise de Muriel Barbery

Une affaire de goût…

une-gourmandise.jpgComment un individu normalement constitué emploierait-il son temps s’il apprenait qu’il ne lui restait que 48 petites heures à vivre?

On pourrait imaginer qu’il s’organiserait un dernier festin, entouré de ceux qui lui sont chers. On pourrait imaginer qu’il y convierait aussi les autres, ceux avec lesquels il était en froid, ceux avec lesquels il entretenait des conflits plus ou moins larvés, surtout s’il s’agit de ses proches. On pourrait imaginer qu’il voudrait partir en paix…

Pourtant lorsque « la sentence de Chabrot, le médecin » tombe, notre personnage, « le plus grand critique gastronomique du monde » se livre à un tout autre exercice. Loin des adieux, des retrouvailles et des réconciliations, il n’a de cesse de retrouver une saveur perdue.

Le premier chapitre nous livre d’abord le point de vue du « héros », jamais nommé malgré son renom international, sur sa situation moribonde. La narration s’organise ensuite sur le mode d’une alternance de points de vue. L’auteur nous livre ainsi les ressentis, les analyses et les attentes déçues de multiples personnages qui gravitent tous autour de ce monstre gastronome et de cet appartement parisien de la Rue de Grenelle. Tous ont été un jour confrontés à sa froideur et à sa malignité. Ces chapitres riment souvent avec réquisitoire et se trouvent espacés les uns des autres par un chapitre dans lequel notre critique poursuit sa quête à travers l’évocation de nombreux souvenirs géographiques, olfactifs et gustatifs. Les couleurs, les sons , le sparfums et les goûts se répondent: synesthésie, quand tu nous tiens!!!!. Ainsi se construit peu à peu le portrait contrasté et polyphonique de cet individu hors normes, tant par ses talents que par l’antipathie qu’il suscite. Il est en effet si profondément odieux que son confinement dans sa chambre, et même dans son lit, ne lui pèse pas le moins du monde. Chacun de ses souvenirs est l’occasion d’une échappée pour cet homme qui a toujours tenté de se soustraire à la famille, aux sentiments, au goût des autres.

 

Alors ce roman est-il une gourmandise????

L’idée de départ est assez séduisante et l’écriture foncièrement poétique. Hélàs cette poésie alterne avec des métaphores filées intempestives qui finissent par lasser. J’ai eu du mal à adhérer au roman sur la longueur. Je crains que mon aversion pour ce coeur sec et prétentieux (voire mégalo!!!!) n’ait nui à ma dégustation livresque… J’ai décidément un souci avec les personnages et les auteurs en quête de ces madeleines de leur enfance. Muriel Barbery s’est d’ailleurs cru obligée de mentionner Proust…

 

Quelques extraits:

 

« Le Pape trônant au milieu de ses cardinaux; il y avait quelque chose d’une messe en grande pompe dans ce concile gastronomique où il régnait sans partage sur une élite recueillie. »

 

« C’était le Christ et à cette Cênes-là, j’étais Judas. »

 

« Dans l’union quasi mystique de ma langue avec ces chouquettes de supermarché, à la pâte industrielle et au sucre devenu mélasse, j’ai atteint Dieu. Depuis je l’ai perdu et sacrifié à des désirs glorieux qui n’étaient pas les miens et qui, au crépuscule de ma vie, ont bien failli encore me le dérober. »

 

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