Littérature étrangère

« Cinquante nuances encore plus sombres » de E.L James


« 50 nuances encore plus sombres »

Un titre plutôt mensonger dans la mesure où le second opus de cette trilogie rime franchement avec guimauve!

En toile de fond Seattle. Décidément, entre Christian et le Mémorial Grâce Hospital… j’aime cette ville!!!! Mais à l’entame du roman j’ignore encore que j’aurais mieux fait de visionner pour la énième fois mes épisodes préférés de cette série mythique. Je me pose tout de même une question existentielle: le choix du patronyme du beau et ténébreux Christian  est-il fortuit ou EL James cherche-t-elle à surfer sur la vague de ce succès télévisuel?

L’auteur nous gratifie tout d’abord d’un prologue qui se présente comme la retranscription d’un cauchemar glauque réunissant un homme violent, une enfant et une mère, « une traînée défoncée ». Ce prologue au style déplorable apporte peu à la narration. Sa seule fonction, me semble-t-il, est de prévenir le lecteur qu’Ana Steele va se livrer à une psychologie de comptoir désastreuse!!!! 300 pages plus loin, on se dit qu’il s’agissait sans doute plutôt d’un avertissement au lecteur. Il fallait le comprendre comme une invitation à refermer illico le roman si on attend d’un livre qu’il nous tienne un peu en haleine et qu’il nous invite à un quelconque voyage.

Notre vierge, pas si effarouchée que cela, tente bien  d’oublier le beau, riche mais ténébreux Grey, mais c’est sans compter sur la ténacité de cet homme habitué à ce que rien jamais ne lui résiste. Ana, qui fait ses débuts dans un nouveau job (une maison d’édition), semble abonnée à la malchance. Son patron est en effet affublé du nom de Jack Hyde, ce qui devrait la faire fuir. Vous l’aurez compris, James aspire à donner une teneur plus intellectuelle à son « grand oeuvre » en multipliant les références et les clins d’oeil! Dans le même style nous noterons pour le plaisir cette référence picturale « Ma conscience a finalement décidé de faire une apparition: elle arbore son visage du Cri d’Edvard Munch. » Ana accepte donc finalement de se rendre en compagnie de Christian à l’expo photo de son ami José (celui qui avait presque attenté à sa pudeur dans le tome 1). Autant dire qu’elle s’apprête à signer un nouveau pacte avec le Diable. Avouons-le, c’est ce que nous attendons toutes… elle aussi sans doute! Le Diable a conservé certaines habitudes: son obsession pour l’alimentation de sa Belle, sa possessivité qui devient juste un peu plus maladive, ses largesses. Dès les premières pages nous retrouvons les hélicos, les belles voitures, le dressing plein à craquer de fringues et autres accessoires tous plus onéreux les uns que les autres… Mais voilà, il y a un HIC: p 250 personne ne s’est encore rendu dans « la chambre rouge de la douleur ». Christian semble avoir remisé son costume de dominant et tous les accessoires afférents aux oubliettes! En dehors d’une petite fessée, le couple s’adonne fréquemment et intensément au « sexe vanille »; à croire qu’ils préparent une éventuelle participation à une nouvelle discipline olympique. La seule vraie débauche est celle de l’argent et du luxe:

quelques exemples:

 pour assurer la sécurité et la surveillance d’Ana, Christian rachète simplement la boite qui l’emploie

–  l’Audi d’Ana est vandalisée par une ex jalouse… achetons une SAAB!

– visites de différentes suites dans des hôtels de luxe: mais bon soyons magnanimes et pragmatiques: elle s’y rend avec le beau Grey, elle aurait pu y croiser DSK!!!

– cadeaux somptueux

– nous connaissions le jet, l’hélico, voici le bateau…

Ces deux-là sont donc toujours très endurants et sexuellement très actifs. Un problème entache toujours leurs relations: Ana ne peut toujours pas le toucher alors qu’elle en meurt d’envie (et franchement le dessin des frontières au marqueur rouge est bof-bof).

Dès l’entame du roman, Ana se sent « hébétée ». Et entre deux coïts, elle est constamment plongée dans une introspection qui laisse le lecteur progressivement pantois.

Au début « Je suis devenue une sorte d’Etat insulaire, un territoire ravagé et déchiré par la guerre où rien ne pousse et où l’horizon est désolé. Voilà c’est moi! ».

Très rapidement, ses réflexions et sa pyschologie à deux francs  désolent le lecteur…

MAIS QUE SE PASSE-T-IL DONC ????????

Eh bien Christian, qui l’eût cru, est amoureux ! Mais chez EL James, amour rime très vite avec ennui mortel. Un truc à vous vacciner contre les romances. Amoureux et aimé, Grey cherche à mieux comprendre Ana, qui cherche à mieux comprendre Grey. Il cherche aussi à l’aimer comme elle l’entend et comme elle l’attend selon lui. Il est en quête d’une osmose quasi parfaite avec elle. Cette osmose est bien là, ce qui se traduit dans les faits mais aussi dans le langage.

Comment ne pas comprendre dans cette réplique de Christian « Ana! Oh putain, Ana! » que Steele, tout en style, a tellement gagné son coeur qu’il en adopte ses tics langagiers!!!!

Pour contrebalancer l’intensité vacillante de ses scènes érotiques l’auteur tente de ménager d’autres ficelles et de complexifier l’intrigue. Ainsi apparait Leïla, une ex-soumise potentiellement dangereuse. La fin nous annonce que Jack prendra sans doute le relais dans le troisième opus (que je me garderai de lire). Entre temps: la jalousie devient un personnage à part entière…

 

Bon ce n’est un scoop pour personne: on sent rapidement poindre la demande en mariage…on s’attend moins au OUI clignotant au revers d’un porte-clé à l’effigie de Seattle mais bon….

Si je résume, la trame de l’histoire est une DAUBE… reste peut-être le style!

C’est du GRAND ART en effet!!!!!!!!!! Pour écrire aussi kitsch, il faut le faire exprès je crois!!!!!

– Je note d’abord un sens inédit des métaphores et autres comparaisons :

« Je suis aimantée comme Icare vers son soleil. Je m’y suis brûlé les ailes et pourtant je suis encore là. »L’ennui avec les métaphores c’est que c’est comme les plaisanteries les plus courtes: quand elles sont douteuses, il est préférable de ne pas les filer, et surtout de ne pas les dupliquer!!!

Christain n’est pas en reste:

« Nous avons déjà chassé l’aube, Anastasia, ce soir, nous chassons le crépuscule, me lance-t-il dans les écouteurs. »

Pourtant, son sens des analogies bouleverse Ana: « Comment fait-il pour me sortir les phrases les plus romantiques qui soient? » La sensibilité littéraire d’Ana empêche illico toute empathie chez le lecteur.

Même son « Il est tout à fait comestible. » ne nous amuse plus.

« Sa magie est puissante, toxique. Je suis tel un papillon pris dans son filet. »

« Bon choix, murmure-t-il contre ma gorge avant de semer un chapelet de baisers sur ma poitrine. »

A cela s’ajoutent quelques moments d’anthologie:

« Je crois qu’on mangera plus tard, dit-il. Remets le poulet dans le réfrigérateur. »

Jamais je n’aurais imaginé Christian Grey prononcer une telle phrase, et il n’y a que lui pour la dire de manière aussi sexy. Les mains tremblantes, je couvre d’une assiette le saladier contenant les morceaux de poulet et je le range au réfrigérateur. »

Nous remarquons avec effroi qu’Ana s’exécute, mais nous nous interrogeons surtout sur cette situation inédite et ce qu’elle engendre… Pourquoi ne sommes nous pas plus souvent en transes dans nos cuisines??? 

Je me suis d’ailleurs fait de nouveau cette remarque quelques pages plus loin: « Va me faire à manger la gueuse. » 

Un seul constat s’impose: James cherche ostensiblement à se rapprocher davantage de l’univers de ses lectrices et à leur offrir dieu sait quel manuel de mauvaise psychologie!

 

Autre grand moment: les enchères pour la première danse lors du gala de bienfaisance organisé par la famille Grey: « 12 jeunes femmes charmantes et accommodantes » « 20 hommes au moins ». Un maître de cérémonie fantaisiste et une Ana affligeante qui avoue  » J’ai l’impression d’être au marché au bétail »… je ne m’étends pas sur la mise de Christian jaloux: 100000 dollars pour une danse avec celle qu’il trousse continuellement dans tous les coins… franchement….

Le salon de beauté nommé ESCLAVA laisse rêveuse…

 

Une trouvaille verbale sympa malgré tout: « Je ne vais pas te laisser m’embobiner avec ta SEXPERTISE » (c’est nul mais drôle)

Bref, j’ai eu bien du mal à achever cette lecture qui m’a ennuyée.

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